Uri Le château d' A Pro (Seedorf) en Suisse

Non loin du lac des Quatre-Cantons, aux abords de Seedorf, s'élève le charmant châtelet d'A Pro. Il doit son nom à son constructeur, Jacob A Pro, descendant d'une famille aisée de Prato (Léventine). Son père, Jacob Ier, s'était vu concéder le droit de cité uranais en reconnaissance de ses hauts faits d'armes. Jacob II ne tarda pas à reprendre les importantes charges qu'assumait son père et fut vers 1536 boursier d'Uri et plus tard landammann et bailli de Baden. En 1544, la Cour de France l'anoblit et lui conféra le titre de chambellan.

 

L'empereur Charles V d'Allemagne lui remit lui aussi des lettres de noblesse. S'étant de plus enrichi en recrutant des mercenaires pour l'Italie, Jacob II estima qu'il lui fallait une demeure digne de son rang et fit l'acquisition d'un terrain franc de tout droit seigneurial près de Seedorf. C'est ici qu'il érigea entre 1556 et 1558 un petit château entouré de douves, selon le modèle des châteaux, plus grands il est vrai, qui à cette époque se construisaient en France et en Allemagne. Il s'agit à vrai dire plutôt d'un manoir que d'un ouvrage défensif. La maçonnerie est beaucoup trop fragile pour résister à un siège.

Les éléments de l'architecture militaire médiévale qui nous sont restés - créneaux, tours d'angle, meurtrières, douves et pont-levis - ont donc joué un rôle principalement décoratif et représentatif. Le modèle de cet ouvrage ne fut pas une fière forteresse, mais le manoir fortifié d'une bourgeoisie aisée. L'enceinte, constituée de murs crénelés et de bastions, est percée d'une porte Renaissance encadrée de pierres de taille. La maison d'habitation, quant à elle, est une haute construction à pignon et à deux étages, marquée par une tour à l'angle sud-est. A l'intérieur, on découvre un escalier à vis et une minuscule chapelle construite ultérieurement.

Des fenêtres à plusieurs meneaux, de style gothique tardif, éclairent des pièces aménagées avec goût, dans lesquelles se sont conservées intactes de vieilles boiseries et des fresques murales. Un splendide poêle vertical est orné des armoiries de la maison A Pro-Zumbrunnen, datées de 1562. L'esprit de la Renaissance trouve son expression dans une salle-jardin munie de deux arcades donnant sur le midi et de deux arcades ouvertes lors d'un remaniement ultérieur, l'une à l'est, l'autre à l'ouest.

Le chevalier Jacob A Pro, mort en 1526, laissa son important héritage à son fils Pierre. Après avoir fait ses humanités et s'être distingué sur les champs de bataille du Piémont, ce dernier fut à plus d'une reprise landammann d'Uri et député de ce canton à la Diète. Il représenta également son pays auprès de plusieurs missions étrangères. Il avait pour épouse Dorothée Zumbrunnen, issue d'une famille de landammanns très estimée.

En 1578, Pierre A Pro, sans descendant mâle, décida d'utiliser une grande partie de sa fortune pour le bien de la communauté. De son vivant le château fut cédé à une fondation dont le but était d'assister les pauvres et à laquelle la demeure des A Pro appartint jusqu'en 1959. Après avoir été entièrement restauré entre 1891 et 1896, le château servit pendant quelque temps de cure. En 1959, il fut acquis par le canton d'Uri. Rénové une seconde fois, il fut ouvert au public en 1967.

Uri Le château de Attinghausen en Suisse

Les ruines du château d'Attinghausen, en son temps l'un des plus importants ouvrages défensifs du canton, se dressent sur une colline rocheuse au centre du village. Depuis 1896, ce monument appartient à l'Association pour l'histoire et les antiquités du canton d'Uri. Il fut soumis en 1897/98 déjà à de vastes travaux de dégagement et de restauration. Il a fallu en 1979 consolider une nouvelle fois ces murs rongés par le temps, travail qui fut précédé lui aussi de fouilles archéologiques. Les sondages, même s'ils ont été entrepris sur une surface relativement petite, ont fourni d'importantes indications sur l'ouvrage d' Attinghausen .

 

Les ruines actuelles se trouvent au centre d'une installation antérieure, qui devait être beaucoup plus étendue. Remontant vraisemblablement au début du XIIe siècle, voire même au XIe siècle, cet ouvrage consistait en un château retranché cerné d'une enceinte, en un fossé circulaire et en une avant-cour couverte elle-même par une ceinture de murs; l'avant-château se dressait sur le plateau qui s'avance vers le nord. Aujourd'hui, le fossé circulaire primitif est pratiquement comblé. Les bâtisses édifiées à l'intérieur de l'enceinte étaient certainement en bois, c'est pourquoi il n'en est rien resté. Les pans de mur encore visibles appartiennent à une construction plus récente, datant probablement de la première moitié du XIIIe siècle. D'après les modifications intervenues vers 1200 dans la technique de construction des fortifications, ce second ouvrage n'a plus dû comporter les trois éléments principaux - château retranché, fossé circulaire et avant-cour - mais un haut donjon carré isolé et un mur d'enceinte de plan irrégulier. Dans la partie méridionale du château, un bâtiment de bois s'adossait sur la face intérieure du mur d'enceinte; il n'était éclairé que par trois meurtrières étroites. Cette partie du château a subi vers 1300 d'importantes transformations. La maison de bois a été remplacée par un grand corps de logis en pierre. Au-dedans, des murs le divisaient en trois parties et on y accédait par une porte pratiquée au niveau du sol. Les découvertes faites lors des travaux de dégagement entrepris en 1897/98 dans la partie sud du château indiquent que les salles des étages supérieurs étaient habitées. Les locaux du rez-de-chaussée en revanche ont probablement servi d'écuries et de remises agricoles. C'est du moins ce que permettent de supposer différents objets mis au jour.

De nos jours, ce monument ne présente plus que des vestiges. A sa base, l'importante tour carrée mesure onze mètres de côté; l'épaisseur des murs est elle aussi considérable: trois mètres! Quant à leur parement, il consiste en un appareil très soigné de pierres équarries. Au pied ouest de la tour, on voit encore le socle qui soutenait un escalier de bois menant à une porte surélevée pratiquée au niveau du deuxième ou du troisième étage.

Le château de Beroldingen en Suisse

Du pittoresque petit château de Beroldingen, sis aux abords du sentier muletier qui de Seelisberg mène à Bauen, le regard plonge jusqu'à Altdorf, chef-lieu du pays uranais.

Le plan de ce bâtiment de pierre à trois étages coiffé d'un toit en croupe décrit un rectangle de douze mètres sur huit. L'entrée se trouve sur le côté oriental, où les murs ont été légèrement avancés et offrent ainsi un abri bienvenu contre le vent. Les façades sont en pierre; seul le parement du second étage est fait de bois et de bardeaux. Les fenêtres ne sont pas disposées de façon régulière; à l'ouest, du côté de la montagne, on ne voit que deux petites baies.

La chapelle qui se trouve au sud du château est une adjonction du chevalier de Beroldingen; il l'a fait consacrer en 1546, en souvenir d'une croisade à Jérusalem. Il subsiste de la construction primitive une fenêtre gothique tardif. Quant au précieux triptyque gothique à décor Renaissance qu'abrite la chapelle, c'est un don du chevalier Jean Conrad de Beroldingen (1558-1658), fondateur de la lignée tessinoise de cette famille. La chapelle a été agrandie en 1716. Deux sculptures gothique tardif ornent l'arc du choeur; l'une représente saint Laurent, l'autre saint Thomas. La grande salle du deuxième étage renferme aujourd'hui encore un poêle de faïence blanc-bleu daté de 1783, une création du mâitre Jean-Jost Nigg, poêlier à Gersau.

Le château de Bürglen en Suisse

 

Le château de Bürglen, une demeure de belle apparence, renferme encore quelques éléments haut-médiévaux, notamment le donjon, qui a vu le jour au début du XIIIe siècle. Les premiers renseignements sûrs que nous possédions sur les seigneurs de Bürglen remontent eux aussi à cette époque lointaine.

 

 

Un plan carré de plus de huit mètres de côté et des murs d'une épaisseur moyenne de 2,3 mètres caractérisent cette tour. Le revêtement de ses murs consiste en un appareil de moellons en bossage aux arêtes équarries, un appareil qui rappelle celui des ouvrages d'Arbon, de Castel et de Gottlieben. Quant au parement intérieur, il est fait, comme à Frauenfeld, de pierres de grès équarries de moyenne grosseur. L'entrée actuelle en plein cintre pratiquée au niveau du sol est tardive. La porte haute initiale, transformée aujourd'hui en fenêtre, se trouvait dans la face ouest du premier étage. Faute de pierres rustiquées, elle était elle aussi en plein cintre, comme la plupart des portes surélevées des tours d'habitation féodales. On voit encore dans l'intrados les opes dans lesquels venaient se loger les épars. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont couverts de voûtes en berceau, tandis que la voûte du deuxième étage, plane et sans nervures, repose dans les angles sur des consoles nues. Elle n'a dû être ajoutée qu'en 1587, date à laquelle fut également aménagée une entrée du côté sud. L'étage supérieur, éclairé par des meurtrières, le comble et le pignon à redents ont été construits après l'incendie de 1633. Comme à Frauenfeld, Mammertshofen et Blatten, l'étage supérieur initial devait être saillant et en bois.

L'enceinte date de la même époque que le donjon; à l'origine, ces deux ouvrages n'étaient pas reliés l'un à l'autre. Du côté nord, celui de la bourgade, comme du côté sud, où s'étendait la terrasse, l'enceinte était précédée d'un profond fossé. Le donjon se dresse à l'angle nord-est de la cour allongée formée par l'enceinte. II est probable qu'initialement, des annexes en bois servant de logis aux domestiques et des communs aient été greffés sur le mur d'enceinte. L'ouvrage de Bürglen est du même type que ceux de Lenzbourg, Hohenklingen et Kybourg, tandis qu'à d'autres endroits, à Frauenfeld, Heitnau et Liebenfels par exemple, les bâtiments d'habitation et les annexes sont accolés au donjon.

Un second mur défendait le fossé méridional. Partant de l'ouest, il épousait tout d'abord la ligne de la terrasse, tournait ensuite vers le nord, puis longeait la prolongation du fossé est. Il couvrait ainsi une cour de plan presque triangulaire, dont l'angle sud était occupé par un sanctuaire. Aujourd'hui, c'est à peine si l'on distingue encore les traces de l'un ou l'autre de ces dispositifs de fortification. La plus ancienne construction de pierre - un corps de logis - ayant occupé le petit enclos du château devait se trouver au sud du donjon; elle datait vraisemblablement des environs de 1300. Ce bâtiment semble avoir été agrandi par deux fois pour atteindre finalement l'angle sud-est de l'enceinte. Quelques bâtisses doivent avoir été érigées aux XIVe et XVe siècles le long du mur méridional. L'existence de ces diverses constructions semble être confirmée par les documents, puisque dès le milieu du XIVe siècle, ils précisent que deux lignées habitaient le château, celle des von Bürglen et celle des von Hohensax. A l'ouest du couloir actuel, il devait encore y avoir une boulangerie et sans doute quelques bâtisses de bois.

L'entrée primitive se trouvait au nord et pouvait être contrôlée du donjon. Ce n'est probablement qu'après l'édification des remparts de la ville et celle de l'église qu'on aménagea une entrée du côté sud, ce qui rendit le château indépendant des portes de la ville et créa un accès direct à l'église.

En 1633, un incendie détruisit d'importantes parties du château, notamment l'aile orientale. Les travaux de réfection furent entrepris la même année encore; ils s'achevèrent quatre ans plus tard. C'est au cours de ces travaux qu'on ajouta un escalier en colimaçon logé dans une tourelle. Par la suite, on se contenta d'effectuer les petits travaux de réparation nécessaires; ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'on procéda à des remaniements plus importants. Ainsi, l'aile méridionale du bâtiment de l'ouest fut surélevée en 1758. L'exhaussement de la tourelle d'escalier et son toit à bulbe datent de la même époque. Des transformations plus marquantes encore furent entreprises à partir de 1874: les fossés furent comblés, des portes et des fenêtres furent percées dans les murs du château, les murs d'enceinte furent démolis et plus d'une salle fut désaffectée. Ce n'est qu'en 1950, après la construction d'un nouveau collège, qu'il fut possible de redonner dans une large mesure au château son caractère initial.

L'ouvrage de Bürglen servit dès le début de siège aux seigneurs du même nom. Les documents nous apprennent en effet que la famille des Bürg!en y séjourna de 1176 à 1407. Il est probable qu'elle n'ait tout d'abord disposé que d'un château en bois, car selon sa maçonnerie, le donjon qui nous est resté doit dater du commencement du XIIIe siècle seulement. Les Bürglen étaient fonctionnaires de l'évêque de Constance, mais leur demeure se dressait sur un franc-alleu. Ils devaient jouir d'une brillante position, sinon on ne s'expliquerait pas pourquoi un des leurs, Berthold, se trouvait en 1214 à la cour de Frédéric II à Hagenau (Alsace) et en 1216 à Ulm. A l'encontre de ce que firent de nombreuses familles de la noblesse de Suisse orientale au XIIIe siècle, les sires de Bürglen ne cherchèrent pas à se rattacher aux nouveaux maîtres du pays, les Habsbourg. Au contraire, lorsque Rodolphe de Habsbourg désigna en la personne de Conrad de Gundelfingen un «anti-abbé», ils prirent le parti de l'abbé régulièrement élu, Guillaume de Montfort, ce qui leur valut bien des ennuis. Eberhard IV servit l'empereur Henri VII de Luxembourg et participa à ses côtés à la campagne d'Italie. Pour le remercier de ses loyaux services, l'empereur lui céda le bailliage autrichien de la Thurgovie et de Zurich.

A la suite d'un mariage conclu vers le milieu du XIVe siècle, la moitié du château de Bürglen passa aux mains des Hohensax. Originaire du Misox, cette puissante dynastie s'était établie au XIIIe siècle dans la vallée du Rhin, où, peu à peu, elle s'était constitué une importante seigneurie foncière. Après l'entrée des Hohensax et de leur entourage au château de Bürglen, celui-ci dut être considérablement agrandi. Cette cohabitation semble d'ailleurs avoir engendré tôt déjà des heurts et la paix ne revint qu'après la conclusion d'une trêve, en 1385. Pendant les guerres d'Appenzell, Bürglen fut assiégé par les Saint-Gallois et les «montagnards». Si le château résista, la bourgade, elle, fut réduite en cendres. A l'extinction de la lignée des Bürglen, en 1408 - son dernier représentant, le chevalier Albert, avait sans doute vécu les terribles journées de l'assaut saintgallois - sa part échut par voie de succession à la famille des Klingenberg. En 1443, Albert de Klingenberg aliéna une partie du château au conseiller Marquart Brisacher, un citoyen de Constance. C'est là un exemple de plus de l'appauvrissement de la noblesse et du renforcement de la bourgeoisie, une évolution qui avait pris naissance vers le milieu du XIIIe siècle et, depuis, n'avait cessé de se développer. Brisacher ne réussit pas à s'entendre avec les Hohensax et après quatre ans, il leur vendit sa part pour la somme de 8500 florins. En 1550, le château passa aux Landenberg d'Altenklingen et en 1597 à la ville de Saint-Gall. Pendant la période qui suivit, il connut un véritable apogée. Les dégâts causés par l'incendie de 1663 furent réparés en peu de temps et peu à peu, la forteresse se transforma en manoir. Après la révolution, cet édifice changea plusieurs fois de mains avant de devenir en 1874 propriété de la commune. Jusque vers le milieu de notre siècle, le château de Bürglen subit bien des outrages, mais finalement, sa valeur fut reconnue et on s'efforce maintenant de lui restituer son vrai caractère.

 

La Tour de Hospental en Suisse

 

Deux voies alpines très fréquentées se croisent dans la vallée d'Urseren. L'une mène de l'est à l'ouest et, passant par la Furka et l'Oberalp, relie le Valais aux Grisons, l'autre va du nord au sud et traverse le Gothard. Le château-tour d'Hospental se trouve au carrefour de ces importants cols. D'un aspect tout à la fois sombre et pittoresque, il surplombe le village d'Hospental.

 

 

Sur trois côtés, la tour d'Hospental est protégée par des versants abrupts, au sud-ouest, un fossé la défendait contre l'ennemi. On y pénétrait par une entrée surélevée pratiquée au permier étage. Ce n'est donc que de l'intérieur qu'on parvenait au rez-de-chaussée, qui pouvait servir de prison. La porte est surmontée, à la hauteur du second étage, d'un saillant dans lequel étaient logées les latrines. C'est là une construction assez fréquente dans les tours de ce genre. Le troisième étage comprenait lui aussi une seule pièce. Sur la façade extérieure des murs, des boulins indiquent l'emplacement d'une galerie de bois ayant appartenu à l'ouvrage primitif; il s'agissait sans doute d'un chemin de ronde. On peut encore voir à l'intérieur de la tour un évier et des traces d'âtres. Le haut des murs était découpé en créneaux de différentes grandeurs. On suppose que la tour d'Hospental était coiffée d'un toit reposant sur la plate-forme qui recouvrait le troisième étage. Un orifice d'écoulement permettait aux eaux de pluie et de neige de passer du toit supérieur à celui de la galerie, où elles étaient recueillies.

Des documents datant du début du XIIIe siècle font mention d'une famille de chevaliers nommée Hospental et résidant au château. En leur qualité de sous-baillis du couvent, les Hospental étaient chargés de sauvegarder ses intérêts. Avec le temps, cette lignée se divisa en de nombreuses branches et de nos jours encore, on trouve le nom d'Hospental à plus d'un endroit en Suisse et à l'étranger, mais avant tout à Zurich.

Après l'ouverture, vers 1230, des Schöllenen, le Gothard devint une véritable pomme de discorde. Vers 1240, l'empereur Frédéric II parvint à rattacher le bailliage du val d'Urseren à l'empire. Il l'inféoda aux seigneurs de Rapperswil, de fidèles partisans des Hohenstaufen et qui, de plus, possédaient des biens considérables à Uri. Après l'extinction de cette famille, le bailliage passa en 1283 à Rodolphe de Habsbourg. A partir de ce moment, la vallée d'Urseren subit l'influence de l'Autriche et des Habsbourg. Cela dura jusqu'en 1317, date à laquelle la famille uranaise des von Moos réussit à prendre en main la domination sur la vallée. Peu à peu, l'esprit d'indépendance des habitants de la vallée entama la puissance féodale et, en 1410, la vallée d'Urseren conclut un pacte d'alliance avec Uri. C'est à cette époque que le château d'Hospental fut abandonné par les baillis. Plusieurs propriétaires leur succédèrent. En 1425, la tour, toujours aussi imposante, fut vendue par Walter Meyer à Jenni Switer pour un prix quasi dérisoire: un boeuf !

Puis, plus personne ne l'habita et elle tomba peu à peu en ruine. Ce n'est qu'en 1898 qu'on entreprit de la restaurer. Elle peut être visitée librement.

 

Le château de Rudenz en Suisse

 

Le château des seigneurs de Rudenz s'élevait sur le flanc droit de la vallée, près de l'ancienne voie de passage. Originaires de la vallée du Hasli, ces seigneurs possédaient une tour d'habitaton à Meiringen. C'est vers 1200, alors qu'ils étaient féaux de la maison de Brienz-Ringgenberg, qu'ils traversèrent le Brünig et s'installèrent à Giswil.

 

 

Les recherches entreprises n'ont pas encore permis d'établir de façon concluante s'ils étaient au nombre des familles de l'Oberland bernois qui durent fuir devant la pression des Zaehringen et se retirèrent dans la région des Waldstätten. De Giswil, les Rudenz étendirent systématiquement leur nouvelle seigneurie dans le territoire obwaldien et nouèrent des liens de parenté avec la noblesse uranaise, notamment avec les seigneurs influents d'Attinghausen. Ils ne négligèrent toutefois pas entièrement les propriétés qu'ils avaient conservées dans leur pays d'origine; c'est ainsi que Jean 1er, de Rudenz devint landammann du Hasli.

Après avoir intensifié leurs activités en territoire unterwaldien, les Rudenz réussirent à obtenir des fiefs des couvents de Lucerne et de Beromünster. En 1347, ils acquirent la métairie de Giswil. Mais la crise économique qui au XIVe siècle affecta gravement la noblesse ne les épargna pas et bientôt, les revenus de leurs possessions largement disséminées ne suffirent plus pour leur assurer un train de vie digne de leur état. Ils durent vendre leurs biens du Hasli et d'Unterwald et les droits en découlant et plus tard même une partie des biens familiaux des Attinghausen, à Uri.

Sous Jean II, dernier descendant de sa lignée, les Rudenz parvinrent à assainir quelque peu leur situation financière et sociale. Jean II acquit le droit de cité d'Uri, où il exerça plusieurs fonctions publiques. Sa mort rendit toutefois vain l'espoir d'un nouvel essor de la famille.

Finalement, la tour de Giswil échut à des familles riches d'Unterwald, qui en firent leur demeure. Bien qu'elle ait encore été habitée au XVIe siècle, il n'en reste aujourd'hui plus que le bas des murailles. On suppose qu'une fois abandonné, le château a servi de carrière. Ses ruines ont la forme d'un rectangle légèrement décalé, de 10 mètres sur 11 de côté. Ses murs présentent un appareil régulier; certaines de ses couches sont faites de blocs d'une grosseur considérable. Les pierres d'angle sont équarries. Pendant la seconde moitié du XVe siècle, le propriétaire d'alors, le landammann Bürgler, fit percer une porte ogivale à l'angle oriental de la façade nord. A l'origine, on entrait dans le château par une porte surélevée pratiquée à l'un des étages supérieurs.

Au cours de travaux exécutés au milieu du XIXe siècle, on a retrouvé différents objets en fer, mais presque tous ont maintenant disparu. Il y avait notamment plusieurs pointes de flèche et deux étriers bien conservés, datant du Moyen Age. Eux aussi se sont malheureusement perdus.

 

Schloss Schweinsberg en Suisse

 

C'est à Attinghausen, au nord-ouest de l'église et près des ruines d'une forteresse que se dresse la maison forte des Schweinsberg, habitée aujourd'hui encore. Son plan décrit un rectangle de 10,5 mètres sur 14 et sa hauteur atteint encore quelque 11 mètres. L'épaisseur des murs, elle, varie entre 1,4 et 1,6 mètres. De l'aspect d'un solide cube, cet édifice est construit en pierres brutes.

 

 

Dans sa partie supérieure toutefois, les deux derniers étages sont en bois, de sorte qu'on a l'impression qu'un petit chalet s'est glissé dans la tour. A l'intérieur, une cloison moins épaisse a été construite parallèlement au mur extérieur, à une distance de quatre mètres, ce qui a donné naissance à l'angle sud-ouest à une espèce de «tour intérieure», d'une surface de 4 mètres sur 4,8. Au rez-de-chaussée, on trouve les caves, au premier étage une haute et spacieuse salle de séjour pouvant être chauffée. Elle a été ornée vers 1480 de fresques représentant la Crucifixion et des scènes de chasse; aujourd'hui, elles ont malheureusement presque entièrement disparu. Cette salle sert maintenant de cuisine. A l'origine, l'entrée se trouvait du côté nord; plus tard, une fenêtre a été construite à sa place et, de nos jours, on pénètre dans le château par une porte pratiquée dans le mur sud. Un escalier de chêne en colimaçon donne accès aux différentes pièces de cet édifice. Des traces de l'escalier primitif sont encore visibles. Au second étage, il n'est plus possible de se rendre compte de l'ancienne distribution des pièces. Ce qu'on remarque encore, c'est que du côté sud, le mur de la «tour intérieure», contrairement au mur extérieur, s'élève jus- qu'au toit. Au dehors, on découvre quelques rares traces d'un mur d'enceinte et d'un fossé. Nous ne savons rien de précis sur la date à laquelle a été construit cet ouvrage, mais il remonte probablement au XIIIe siècle. Au début, il fut habité par les gentilshommes de Schweinsberg, ministériaux des seigneurs d'Attinghausen. Le premier représentant des Attinghausen connu est un certain chevalier «Ulricus dominus de Attinghausen», ainsi cité en qualité de témoin et avec d'autres nobles de la région de Berne dans un document de 1240. Dans d'autres textes, il est nommé soit d'Attinghausen, soit de Schweinsberg (Emmental). Il semble avoir principalement exercé son activité dans la région bernoise.

La famille lige de Schweinsberg n'a jamais joué un rôle indépendant dans l'histoire du pays uranais. Si l'un de ses membres est mentionné dans quelque document en tant que témoin, c'est toujours à côté des seigneurs d'Attinghausen. Elle a en revanche acquis de grands mérites en accordant son soutien au couvent de Seedorf. Il nous faut à ce propos citer tout particulièrement Conrad de Schweinsberg, qui partit pour la Terre sainte avec un groupe de lazaristes et mourut, encore jeune, dans ce pays. Son fils, nommé lui aussi Conrad, entra au couvent dans ses vieux jours. On sait de ses deux fils Rodolphe et Egloff qu'ils ont, avec d'autres ministériaux, témoigné dans un procès engagé par le couvent d'Engelberg et l'Etat d'Uri à propos d'un alpage. Grâce aux registres des messes anniversaires d'Attinghausen et de Seedorf, nous connaissons un peu mieux la famille d'Egloff: Trois enfants sont nés de son mariage avec Agnès de Wallis, un fils, Jean, et deux filles, Elisabeth et Véronique. On ne trouve toutefois ces noms dans aucun document. Le fils de Jean, Ulrich, marié à Hemma Kaufmann, est mentionné comme témoin dans un écrit de 1370. II fut le dernier représentant de cette famille de ministériaux.
Que les Schweinsberg n'aient pas joué un rôle de premier plan en pays uranais ressort non seulement du fait qu'ils n'apparaissent jamais qu'en relation avec les seigneurs d'Attinghausen, mais également du fait qu'ils ont complètement disparu des documents, et par là de la scène politique, dès que s'éteignit cette famille seigneuriale.
Au XVIe siècle, le château devint propriété de la famille Zick, d'Attinghausen, et en 1619, celle du lieutenant Pompeus Tresch, célèbre pour sa force d'Hercule et son héroïsme. II est possible qu'il ait également appartenu pendant un certain temps au couvent de religieuses d'Attinghausen. Après de multiples mutations il passa à nouveau, vers la fin du XIXe siècle, aux mains de la famille Tresch.

 

 

Le château de Silenen en Suisse

 

 

Les ruines du château d'Attinghausen, en son temps l'un des plus importants ouvrages défensifs du canton, se dressent sur une colline rocheuse au centre du village. Depuis 1896, ce monument appartient à l'Association pour l'histoire et les antiquités du canton d'Uri. Il fut soumis en 1897/98 déjà à de vastes travaux de dégagement et de restauration. Il a fallu en 1979 consolider une nouvelle fois ces murs rongés par le temps, travail qui fut précédé lui aussi de fouilles archéologiques. Les sondages, même s'ils ont été entrepris sur une surface relativement petite, ont fourni d'importantes indications sur l'ouvrage d' Attinghausen .

 

 

 

Les ruines actuelles se trouvent au centre d'une installation antérieure, qui devait être beaucoup plus étendue. Remontant vraisemblablement au début du XIIe siècle, voire même au XIe siècle, cet ouvrage consistait en un château retranché cerné d'une enceinte, en un fossé circulaire et en une avant-cour couverte elle-même par une ceinture de murs; l'avant-château se dressait sur le plateau qui s'avance vers le nord. Aujourd'hui, le fossé circulaire primitif est pratiquement comblé. Les bâtisses édifiées à l'intérieur de l'enceinte étaient certainement en bois, c'est pourquoi il n'en est rien resté. Les pans de mur encore visibles appartiennent à une construction plus récente, datant probablement de la première moitié du XIIIe siècle. D'après les modifications intervenues vers 1200 dans la technique de construction des fortifications, ce second ouvrage n'a plus dû comporter les trois éléments principaux - château retranché, fossé circulaire et avant-cour - mais un haut donjon carré isolé et un mur d'enceinte de plan irrégulier. Dans la partie méridionale du château, un bâtiment de bois s'adossait sur la face intérieure du mur d'enceinte; il n'était éclairé que par trois meurtrières étroites. Cette partie du château a subi vers 1300 d'importantes transformations. La maison de bois a été remplacée par un grand corps de logis en pierre. Au-dedans, des murs le divisaient en trois parties et on y accédait par une porte pratiquée au niveau du sol. Les découvertes faites lors des travaux de dégagement entrepris en 1897/98 dans la partie sud du château indiquent que les salles des étages supérieurs étaient habitées. Les locaux du rez-de-chaussée en revanche ont probablement servi d'écuries et de remises agricoles. C'est du moins ce que permettent de supposer différents objets mis au jour.

De nos jours, ce monument ne présente plus que des vestiges. A sa base, l'importante tour carrée mesure onze mètres de côté; l'épaisseur des murs est elle aussi considérable: trois mètres! Quant à leur parement, il consiste en un appareil très soigné de pierres équarries. Au pied ouest de la tour, on voit encore le socle qui soutenait un escalier de bois menant à une porte surélevée pratiquée au niveau du deuxième ou du troisième étage.

Le château de Zwing en Suisse

Les vestiges restaurés de la forteresse de Zwing Un se dressent au nord d'Amsteg, au sommet du Flüeli, une éminence rocheuse contournée par la route du Gothard. Les documents ne nous apprennent rien sur ce très vieil ouvrage; seul le Livre blanc de Sarnen, daté de 1470, parle de sa destruction par les Confédérés:

 

 

«... peu à peu, les Stauffacher devinrent si puissants qu'ils se mirent en route et se rassemblèrent à Trenchi et quand ils trouvaient de méchantes petites tours, ils les démolissaient. Ils commencèrent par démolir des maisons à Un. Ici, un seigneur s'était mis à construire sur une colline une tour qu'il voulait nommer Twing Uni, et d'autres maisons encore ...» Se fondant sur ce passage du Livre blanc, les historiens du siècle dernier ont mis en rapport direct les ruines de Zwing Uri et les combats de libération de la Suisse centrale. Comme on ne possède aucune autre indication sur ce château, une importance accrue revient aux recherches archéologiques.

Après la destruction de 1310/1320, le château fut complètement laissé à l'abandon. En 1868, on construisit même un restaurant au sommet du Flüeli et, pour ce faire, employa des pierres provenant des ruines voisines. En 1888, Jakob Indergand vendit sa propriété au peintre autrichien Josef Hoffmann, qui utilisa le restaurant comme logement. Après son départ, il chercha à léguer ce bâtiment à l'empereur d'Allemagne Guillaume II, qui toutefois n'accepta pas cette offre. Hoffmann transféra alors sa propriété à la Société générale des artistes d'Allemagne. Les ruines du château furent acquises en 1928 par Antoine Dufour, président de l'AutomobileClub de Suisse, pour le prix de 6000 francs. Sans tarder, il en fit cadeau à l'Association suisse pour la conservation des châteaux et des ruines. Au cours des travaux de réfection que celle-ci fit entreprendre la même année, la maison d'habitation et l'écurie attenante furent démolies. De nos jours, l'ancien château de Zwing Uri est le remarquable exemple d'un ouvrage restauré avec le plus grand soin.